Article édité partiellement le 17/10/2007 dans LA VIE DU RAIL rubrique "Dialogue"
CUMULARDS CONTRE RABISTES
Je suis entré à la SNCF le 15 juin 1979 à la division de l'Equipement de PARIS-EST, bureau d'étude de signalisation (DV33). Je sortais tout juste du lycée qui m'avait permis d'acquérir mon diplôme de BTS F3 (Electrotechnique). J'avais peu avant réussi le concours d'entrée à la SNCF en qualité de "dessinateur d'étude stagiaire" qui m'a conduit sur les rails d'un métier très particulier : la signalisation ferroviaire.
J'ai découvert un monde professionnel qui m'a beaucoup plu du côté des relations humaines, car même dans un domaine aussi sédentaire que celui du bureau d'étude, j'étais toujours entouré de véritables cheminots honnêtes, fiers de leur entreprise et de leur métier. Il est vrai qu'a l'époque, les origines de mes collègues étaient diverses : certains venaient comme moi de la filière "dessinateur", d'autres venaient du "terrain". Les plus réputés provenaient des écoles d'apprentis (aujourd'hui toutes fermées hélas).
A l'entrée dans ma 50ème année, je ne me plains pas du déroulement de ma carrière : je suis actuellement "Cadre Equipement Principal" à la Direction de l'Ingénierie, mais je me souviens parfois des anciens camarades du lycée que j'ai rencontré quelques années après notre 1er emploi, et certains souriaient lorsque j'avouais le montant de mon salaire... Aujourd'hui je ne regrette rien, même si des menaces pèsent sur l'avenir de la retraite des cheminots.
Il y a pas si longtemps, il était bien vu de faire valoir ses droits à la retraite à 55 ans sous peine d'être qualifié de "RABISTE". Depuis le jour ou un collègue a clairement fait savoir qu'il demandait à rester un peu plus, et qu'il lui a été refusé, j'ai trouvé cela injuste ; son tord a été que la période concernée coïncidait avec un objectif de réduction drastique des effectifs imposée par la Direction. Ayant moi-même fait rapidement le calcul du maximum de pension accessible avec 37.5 années de cotisation, j'ai réalisé que je devrai moi aussi demander de rester travailler jusqu'à 57,5 ans. Depuis ce jour, j'ai fait savoir que je n'étais pas d'accord qu'on insulte les collègues qui ont le droit de rester jusqu'à 60 ans, comme le stipule le statut des cheminots.
Aussi, je souhaite dénoncer une pratique actuellement en pleine expansion, puisque favorisée par les récentes réformes de la fonction publique ; je veux parler du cumul pension+salaire.
En effet, il est de plus en plus courant d'apprendre que des retraités de la SNCF à 55 ans trouvent facilement des emplois à plein temps rémunérés par des entreprises du secteur ferroviaire (concurrentes ou pas). Les plus téméraires créent des sociétés à leur compte et garantissent ainsi la légalité de leur démarche ; le fait de pouvoir se constituer un carnet d'adresse en fin de carrière doit faciliter l'obtention de contrats ultérieurs, dont certains passés avec l'ancienne maison mère (pourquoi se gêner...). Mais pourquoi donc le code de déontologie des fonctionnaires ne s'applique pas ?
Je me rappelle de quelques collègues se plaignant de la pénibilité de leur fin de carrière, jurant de partir à 55 balais coûte que coûte, relatant leurs projets d'adhésion à des associations culturelles ou sportives, et traitant d'autres collègues de "rabistes" ; quelle déception d'apprendre aujourd'hui qu'ils sont devenus des retraités "actifs" !
Il est vrai que certains peuvent être déçus du manque de considération de leur hiérarchie, alors qu'ils émettaient le souhait de rester au delà de 55 ans ; alors, il peut pa